♪ Reste encore
Oublie le temps
Reste encore un peu ♪
Oublie le temps
Reste encore un peu ♪
Trop tard. Je suis déjà loin. Très loin. De toi. De nous. De tout de ce que nous avons été et que j'espère ne plus jamais retrouver.
Je me suis barrée en courant. Là aussi, trop tard. Ma connerie m'avait déjà rattrapé.
J'ai les jambes flageolantes dans la voiture. J'ai du m'arrêter là, devant le cinéma, en double file, pour dire à J. que sa connerie à lui allait le rattraper. Tant qu'à casser un truc, autant se dénoncer avant qu'un pote le fasse à votre place.
Et il est là. L'Horrible. Juste à côté de J., adossé à la barrière. Il me regarde. Ça fait presque deux ans qu'il n'ose plus affronter mon regard, qu'il baisse ses petits yeux de fouine dès que je suis dans les parages. Il a peur. Il a peur de moi et de tout ce que mes prunelles lui disent pour moi. De toute l'horreur qu'il m'inspire, de tout le dégout qu'il fait naître en moi. Et il a bien raison. Parce que c'est encore pire que ce qu'il croit.
Pourtant, là, il ose. Il me lorgne, moi, accrochée au volant de ma Micra. Je l'ignore. Mes yeux sont braqués sur J. et sur le conducteur qui s'impatiente derrière moi. Je passe la première. Je repars. Je ne peux pas rester là. Mes guibolles vont me lâcher et je vais piler.
Je trace. Jusqu'à chez M. Je devais aller la voir, de toute façon. Au feu, je souffle. Fort. J'expulse toutes les particules de cette putain de haine qu'il a ancré en moi. Je manque de céder à l'envie de faire demi-tour et d'aller lui casser sa gueule de rat. Je me contiens. Je sers les doigts sur le volant. Le feu passe au vert. Je trace encore. Soixante-dix sur une ligne droite en plein centre-ville. Pour le coup, j'ai le feu aux fesses. Il me le paiera, je me répète, il me le paiera très cher.
Arrivée chez M.. Maman, beau-papa, grande-soeur, beau-frère, petit frère. Bonjour. Bonjour. Bonjour. M. on se casse ? Steuplaît ? J'ai besoin d'une clope, là. De suite.
De nouveau dans la voiture.
" J'ai vu le P. avec J. "
Pas de commentaires. On sait toutes les deux ce que ça implique de croiser le P. sur sa route. D'ailleurs il ferait mieux d'éviter s'il veut pas se retrouver sous mes roues. Elle amortie super bien la Micra. Lui, c'est pas dit.
On arrive au bar. On investit la terrasse. On en parle. M. connaît toute l'histoire. Soit dit en passant, elle fait partie de ceux qui me connaissent par coeur. L'avantage de la douleur, c'est que quand on la partage, ça cré des liens.
Le P. ou l'Horrible, comme vous voulez, n'est pas seulement un ex. C'est " L'Ex " avec un e majuscule et une bite minuscule. Le tout premier. Le premier petit copain, la première fois, la première grosse dispute, la première rupture douloureuse, la première envie de mourir, le premier sacrifice. On a fait beaucoup de premières fois ensemble. On a fait aussi toutes les suivantes: pleins de ruptures, pleins d'envies de mourir, pleins de sacrifices et surtout, pleins de disputes. Un an et demi de relation. Entrecoupées de deux jours par-ci par là de " breaks " aussi ridicules qu'inutiles. Je revenais à chaque fois, il partait sans arrêt. Susceptible l'animal, vous comprenez.
Mais le P. c'est aussi le voleur, le mythomane, le pervers. En croisant sa route, on se fait bouffer l'âme et le coeur. Comme ça, en moins de deux. T'as rien vu venir. Et le pire, c'est que tu finis par y prendre plaisir. Ça devient normal. La routine, quoi. Pour certains, c'est métro-boulot-dodo, à s'enfoncer dans ses habitudes ronflantes. Pour d'autres, comme nous, c'était de nous engueuler et de nous ressortir toutes les plus grosses saloperies possibles.
Il m'a bousillé. Littéralement. De seize à dix-huit ans. Bam ! Sur le carreau, la C.. Plus personne après. J'avais intérêt à être plutôt bien entourée. J'vous passe les détails pour cette fois, jui sympa.
Alors l'Horrible, c'est devenu la bête noire. J'ai été gentille, j'ai pas trop cramé sa réputation. Putain, trop gentille même. Il m'a pas trop saoulé. Pendant six mois, il a essayé d'attirer mon attention. Entre son procès qu'il avait au cul, sa tentative de suicide avortée, mes copines qu'il harcelait les premiers temps, celles qu'il essayait de draguer, il s'est bien défendu. Mais trop tard, j'étais déjà loin, très loin.
Après, il a arrêté. Il a du comprendre. Ou tout du moins, se faire une raison.
Quand même, je me demande parfois ... Qu'est-ce qu'il a fait de moi ? Qu'est-ce qu'il a fait de nous ? Y pense-t-il encore ?
Bien sûr, M. est toujours là. Elle a une réponse pour tout. Même pour ce que je ne lui dis pas.
" C., réfléchis. Pour ce mec, tu es la seule fille bien sur laquelle il soit tombé. Regarde il sort avec une grosse pute qui doit se taper tout ce qui passe. Et il a beau la larguer et revenir avec deux jours après, il arrive pas à s'en défaire ! Pourquoi à ton avis ? "
" Euh ... Parce que c'est une pauvre idiote, qui fait plus de gym vaginale que psychique ? "
" Exact. Et aussi parce qu'il sait qu'il retrouvera jamais une fille comme toi. Parce qu'il sait, au fond de lui, qu'il ne mérite pas mieux. Tu sais que je suis pour donner une seconde chance aux gens. Je pense que chaque Etre Humain y a droit. En admettant qu'il ait changé et qu'il ce soit rendu compte de ses erreurs, je suis pas sûre qu'il arrive à vivre avec. "
" Ah mais j'espère bien qu'il s'en mord les doigts, l'enculé ! Et qu'il me regrette amplement, en plus de ça ! "
" Bien sûr qu'il te regrette. Regarde-toi ! Tu as tellement de qualités, bien plus qu'il n'aurait pu l'imaginer. Tu sais ce qu'on dit : c'est quand on perd quelque chose, qu'on se rend compte de sa vraie valeur. Et lui a du s'en rendre compte. T'as vu ce qu'elle lui fait la nana ? Mille, mille cinq cent euros de facture de téléphone, les chèques en blanc avec son chéquier, son caractère de merde ... "
" Il paye le prix de ses erreurs. "
" Oui. Et très cher. Je suis sûre qu'il ne pourra jamais plus aimer comme il t'a aimé. Ni qu'il pourra tomber sur quelqu'un qui l'a aimé comme toi. Tu es et restera son premier amour et lui le tien. Papa à beau payer ses factures, ça ne change rien. Il est peut-être ce qu'il est, ça ne change rien non plus. Il paye. Et il morfle. "
M. a raison. Même s'il est pourri depuis la naissance, le destin lui demande de rembourser la note. Je le plains, franchement. J'ai de la pitié pour ce pauvre gars et sa vie misérable.
Il m'a peut-être détruite mais au final, je crois que n'ai pas fais mieux. Puisqu'il continue à en subir les conséquences.
♪ Jusqu'au jour où j'ai dis: va-t-en !
J'ai plus rien à donner
Qui soit vierge de coups.
J'suis fatiguée des kilomètres que l'on franchit pour être
A un plus mauvais bout. ♪
J'ai plus rien à donner
Qui soit vierge de coups.
J'suis fatiguée des kilomètres que l'on franchit pour être
A un plus mauvais bout. ♪
Allez, on est quittes, raclure. Crève bien dans ton coin pendant que moi je jouis des bienfaits de mon existence.
On n'a que ce qu'on mérite.
On n'a que ce qu'on mérite.
