20 juin 2009

Demain, j'arrête de boire.

C'est ce que je me dis chaque week end quand je me lève le samedi suivant une grosse berle. J'ai rarement la gueule de bois mais il n'empêche que je ne suis pas belle à voir. Surtout après une nuit pareille.
J'aimerais bien savoir ce qui m'est passé par la tête quand j'ai ramené ce type chez moi. Okay, on se connaît, je l'ai pas ramassé dans un bar et il a une belle gueule. De plus, c'est pas la première fois que je couche avec lui. Je m'étais dis que la seconde fois serait meilleure. Parce qu'au moins, contrairement à la précédente, je serais complètement bourrée et autorisée à jouer les étoiles de mer. Tu parles. J'avais l'impression d'avoir à faire à un môme pré pubère qui cherchait à me pilonner les entrailles. Non, non, j'exagère. C'était pas non plus affreux. J'y ai quand même pris un peu de plaisir. C'est juste que le paradoxe me dérange.

Voyons ça. Aucune caresse, aucun geste tendre. Seulement du désir. Celui que vous inspirez à un mec facile. Non, parce que c'est pas moi la fille facile dans l'histoire. J'ai aucun antécédent de ce côté-là. C'est le premier avec qui je m'envoie en l'air tout en sachant qu'il n'y aura rien derrière. Les deux autres étaient tout ce qu'il y a de plus officiels et j'étais sûre de me réveiller à leurs côtés le lendemain. Et de pas avoir envie de les mettre dehors.
Mais lui, pauvre petit pénis ambulant, c'était tout à fait différent. Avec trois grammes dans chaque bras, j'étais bien déterminée à le mettre dans mon lit. Okay, j'avoue tout. J'en ai eu l'intention dès le début de la journée quand j'ai su que je le verrais quelques heures plus tard. Mais comme je suis quelqu'un qui manque cruellement d'audace, il fallait bien que je me donne contenance. Et cette contenance s'appelait malibu-ananas et vodka-orange. Ronde du début de la soirée jusqu'à la fin de la nuit. D'ailleurs, je me demande si, au final, je l'ai pas un peu forcé à rester. Il a du vouloir me faire plaisir. Pas au sens sexuel du terme (ou alors, va falloir que je lui donne quelques leçons au sujet des femmes). Mais c'est quelqu'un de tellement gentil qu'il n'a pas du vouloir me faire de peine. Quel altruisme. J'espère qu'il me demande pas de lui en être reconnaissante, en plus de ça.

Bref, je me suis réveillée avec les cheveux genre " crinière-de-lion-pas-toiletté-depuis-noël-dernier ", les yeux de panda, le torse nu et les fesses à l'air. Et avec la nausée. Autant dire que j'avais tout d'une reine de beauté le lendemain de son couronnement.
Il était toujours là.

" Bien dormi ? " me demande le marteau pilon.

Pas un geste. Rien. Quoi ? Ca t'a pas plu cette nuit? Tu m'as dis que t'avais pris ton pied.
Okay, je te rejoinds en bas. Mais tu te casses après, hein ? Non, parce que je veux bien assumer nos ébats, mais seule. Toi t'es plus compris dans le menu à partir du moment où le soleil se lève et que j'ai digéré mes trois grammes cinq. Et puis, faut que je raconte aux copines. On va se marrer. Enfin, elles vont se marrer parce que moi je vais rire, mais au fond ce sera nerveux.

Enfin, il s'en va. Il s'arrête à la porte. Moi en tee shirt et boxer, j'ai pris la peine de m'attacher la tignasse et de jouer les grandes dames qui assume parfaitement son corps de rêve et ses ébats de la nuit.

" T'es sûre que tu veux pas que je t'aide à ranger ? "

J'ai lorgné ma table de cuisine, jonchée de cadavres de bouteilles et de restes de barbecue. Sourire. Baiser langoureux.

" Non, je t'assure, je vais me débrouiller. T'en as assez fait. "

Clin d'oeil complice. Casse-toi avant que je gerbe sur ma décrépitude.
Donc, il est devant la porte.

" Bon beh à ... La prochaine. " qu'il minaude, embarrassé.

" Ouais, quand tu voudras, vu que j'ai pas ton numéro. "

" Tu le veux ? "

" Non, non. Si tu veux me voir, tu sais où m'appeler. "

Ce crétin appellera pas. Même s'il a la queue en feu, il osera pas. Pas étonnant quand on voit comment je m'amuse avec lui.
Et pourtant, quand je le vois franchir le seuil et partir pour de bon, j'ai mal au coeur. Ou plutôt, j'ai mal à l'ego. Non seulement je deviens une trainée, mais en plus, je sais même pas m'y prendre. Soit je suis détachée, soit je m'y suis attachée mais que diable, C., arrête de jouer au ping pong avec tes états d'âme !

Ce type, je pourrai jamais sortir avec lui. Déjà, parce qu'il est plus jeune que moi. Ensuite, parce qu'il est plutôt du genre infidèle. Enfin ... C'est quoi le troisième point déjà ? Ah oui, parce que j'en ai pas envie. Il est trop immature, trop facilement paumé. Trop lui. Tout ce qu'il est m'ennuie profondément. Quand il parle, j'ai envie de le faire taire. Il ne parle que de lui et quand il s'intéresse à moi, ses questions ne m'intéressent pas. J'aime les gens qui s'immiscent, qui enfoncent des portes fermées à double tour. Lui, il avance à pas feutré, comme s'il avait peur de déranger. J'ai envie de lui claquer la porte au nez et de lui dire de revenir quand il sera devenu un homme.
Et pourtant, j'aimerais qu'il m'appelle. J'aimerais qu'il ait envie d'aller plus loin. D'être un peu plus que son coup de temps en temps. Alors qu'il n'en est rien pour moi.

Ça, c'est un caprice. Parce que je suis une princesse capricieuse. Qui veut tout pour gonfler son estime d'elle-même mais qui ne veut rien en garder. Je change de jouets comme on change de sous-vêtements. Une fois la bestiole en poche, je n'ai qu'une idée, m'en débarrasser. Je me lasse vite, je me sens vite enfermée. Une relation libre serait ce qui me conviendrait le plus. Si c'est à sens unique. Je n'aime pas partager mais j'aime qu'on me partage.

Donc, il ne m'appellera pas et j'essaie de faire abstraction de mes rêves de midinette. Où est donc ce prince charmant dont maman parlait tout le temps, qui viendra dompter la sauvageonne que je suis ?
Ah, je sais ! Il s'est noyé dans un cuvette de WC en dégueulant sa bière. Juste après avoir emballé la fille au maxi-miches-mini-short, un peu plus loin. Mais juste avant de rejoindre sa copine qui l'attend impatiemment entre ses draps roses, fraichement repassés par maman.

Demain, j'arrête de boire. D'accord, on va dire après-demain, parce que ce soir j'ai rendez-vous avec A. et L. pour une petite soirée entre filles.
Il m'a toujours appelé et ne m'appellera pas, dans tous les cas (il paraît que si on répète suffisamment une phrase, on finit par abonder en son sens). Mais aucune importance, quand je le reverrai, dans quelques jours, lors d'une énième soirée, je ferai style que tout va bien et au pire des cas, je le serrerai dans les toilettes.

Au mieux, je l'ignorerai comme la grande dame que je suis.

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