Le concept de " meilleur(e) ami(e) " est toujours resté pour moi une appellation gentiment nébuleuse. Elle correspondait davantage à un principe de marquage de territoire. Je t'appartiens, tu m'appartiens, car tu es mon (ma) meilleur(e) ami(e) et je refuse de te partager.
Au collège, ce statut social aussi ridicule qu'inutile peut encore passer. Arrivé au lycée, on découvre le principe " bande de potes " et surtout " copains de beuveries " et après trois verres de vodkas, toute l'assistance (même le cafard retrouvé sur la cuvette des chiottes deux minutes plus tôt) devient ta meilleure pote. Donc, exit le " best friend for ever " et welcome le " club des cinq ". Tu te veux mâture et open-minded, alors tu apprends à ouvrir tes chakras sur le monde qui t'entoure. C'est le temps de la découverte. Celle de soi et des autres.
Et puis bon, tu t'aperçois que dans certains moments particulièrement difficiles, très peu de gens sont là pour que tu noies leur épaule de larmes de crocodiles. Les autres, sans verre à la main ou sans pèt' à faire tourner, étrangement, ils sont aux abonnés absents. Pire, quand tu leur apprends ta détresse, ils se sont déjà carapatés vers des contrées plus joyeuses, là la pluie n'existe pas grâce aux beaux nuages roses de leur défonce. Chacun sa merde, comme dirait l'autre.
Alors, là, tu réalises l'irréalisable : celui ou celle qui te tient la main, écoute tes confidences, te fait part de ses petits travers et de ses petits secrets, ne serait-il pas comme ... Oh non ! Quelle définition horrible ! Mais si ! Un MEILLEUR AMI !
Je connais C.h. depuis bientôt quatre ans. Au début, on pouvait pas se saquer (résultat d'un petit conflit d'intérêt lié à une grue avec qui il s'ébattait à l'époque) et puis, au fil du temps, on a fini par discuter de plus en plus et par apprendre à se connaître. A beaucoup se connaître. On a construit une merveilleuse relation purement amicale, tout de même basée sur l'ambiguïté d'un possible rapprochement sentimental (sexuel ?). A seize ans, je suppose que cela n'a rien d'anormal. On se voyait en cours, et puis sur msn le soir. Quand il a quitté le lycée, on a continué à se fréquenter régulièrement et nos liens n'en sont devenus que plus forts. Inutile de préciser que cela devenait vital. On pouvait passer un mois sans se donner de nouvelles (encore à cause d'une grue quelconque) et se retrouver comme si on s'était quitté la veille.
Harmonie parfaite, direz-vous ? Pas tout à fait.
J'ai finis par développer pour ce garçon quelques sentiments qui allaient bien au-delà de la simple amitié. Aucun de nous deux n'avait jamais nié l'attirance qui le rattachait à l'autre, mais là, il fallait bien reconnaître qu'il se passait autre chose. Ce qui rendit notre entente de plus en plus houleuse. A défaut de pouvoir se mettre ensemble (le P. squattait toujours mon espace vital, à l'époque), on a tenté un bouche à bouche trivial entre deux casseroles de pâtes, chez une amie commune qui avait organisé un déjeuner. Résultat : ça va pas le faire. Pour moi. Lui il voulait que je quitte l'Horrible. Mais il a respecté ma décision. J'ai choisi de rester avec l'autre. Plus par facilité que par réelle envie. Quelle faiblesse à cette époque !
Bref, tout ça pour dire que, sentiments ou non, on s'est toujours raté. Quand j'étais avec le P., C.h. me voulait. Moi, non. Quand je l'ai quitté, je voulais C.h.. Lui, non. Ca a duré un an comme ça. A se chercher, à faire quelques petites allusions. Chacun sortait avec qui il voulait sans que l'autre ne lui en veuille. On savait qu'on était fait l'un pour l'autre. Tout du moins, c'est ce qu'on croyait. On se laissait le temps.
Et puis, un jour, il a bien fallu investir ce beau fantasme dans la réalité. Game over ! Je me suis débinée. J'ai reculé comme une bête effarouchée en écarquillant de grands yeux horrifiés. T'as fais quoi, là ? Tu m'as embrassé ? On va sortir ensemble ? Ah non, non ! C'était bien mieux dans mes rêves, ça ! J'ai senti quelque chose oppresser mes entrailles, comme si je réalisais brusquement toute l'ironie de la situation. On vivait presque comme un couple (exception faite que notre relation restait purement platonique) et maintenant qu'on se trouvait enfin, qu'on pouvait VRAIMENT en être un, je ne voulais plus.
Résultat, on s'est séparé. Une rupture longue et douloureuse qui a pris quelques mois. Blessé, il s'est éloigné peu à peu. Et moi, toute à ma petite vie volage, je ne voyais rien venir. Dans Barbe Bleue, j'aurais fini égorgée, c'est certain. Jusqu'à ce qu'il ne me parle plus du tout, fasse le mort et ignore mes appels répétés. Je n'ai absolument pas réalisé sa souffrance.
Et j'en aurais certainement fait abstraction s'il n'y avait pas eu la mienne. Le manque de lui fut quelque chose de foncièrement destructeur. Certaines nuits, je n'en dormais pas. Et sa disparition alimentait sans cesse mes crises d'angoisse. J'avais l'impression immonde de n'être plus qu'à moitié. Il paraît que c'est ce qu'on ressent à la perte de son âme soeur. Au-delà d'une passion quelconque, je trouvais en son absence le besoin vital de l'avoir près de moi. Je ne nourrissais plus le moindre sentiment ambigu. C'était son amitié qui me manquait. Son épaule à lui, pour épancher ma tristesse, ses yeux pour me regarder et me transmettre toute la fierté que je lui inspirais ainsi que toute sa confiance. Tout ça, je ne l'avais plus.
La situation aurait pu être moins dramatique si j'étais revenue plus tôt. Quand il m'a expliqué mes torts, je lui ai servi ma carte maîtresse : la victimisation. Celle qui le faisait fondre à chaque fois. Et là, manque de bol, ça a loupé. Il a bien fait un effort pour reprendre sa place mais c'était trop tard. Il n'en avait plus envie. J'avais été trop loin, cette fois-ci. De tous les coups que je lui avais fais, celui-ci était surement le pire. Je crois qu'il aurait pu tout me pardonner, mais lui briser le cœur avec autant de méchanceté que je l'avais fait, non. Donnez du pain à un somalien, si vous lui prenez des mains avant la première bouchée, il aura envie de vous égorger sur-le-champ. C'était un peu le principe.
Un jour, alors qu'il me parlait à peine, répondait très peu à mes messages, je suis allée le voir sur msn et je lui ai dis : " Bon, je crois qu'il serait temps de mettre un point final à notre relation. Vu que tu n'as pas l'air très disposé ... ". Et sa réponse fut : " Le point final, ça ait longtemps que je l'ai mis ". " Oh oui ! Je sais ! Mais bon, comme tu sais, j'aime avoir le dernier mot. Alors voilà ! Prend soin de toi. " ai-je répondu, en grande fille mâture, compréhensive et inébranlable. Cassée à l'intérieure. Je m'étais échinée dans le vent à essayer de reconstruire quelque chose qui était déjà détruit depuis longtemps. Encore une fois, game over. J'étais définitivement seule.
J'ai quand même tenté, par la suite, de renouer. Sans succès. Jusqu'à ce fameux soir, date de mon anniversaire, où il s'est réinsinué dans ma vie. Il venait d'avoir vingt ans et il se disait qu'il était temps de remettre un peu d'ordre dans sa vie. De faire le point sur ses relations avec les autres. De pardonner aussi, peut-être. Pour mieux grandir. Et il voulait commencer par moi.
Les choses ont été mises au clair. J'ai fait mon Mea Culpa. Un an, c'est très court. Surtout quand on est jeune. Pourtant, cette année-là m'a paru la plus longue jusqu'à présent. Ce qui m'a permis de réfléchir et surtout, de vraimentme rendre compte de mon attitude. J'avais été la " mauvaise C. ", comme il l'appelait. La garce sans coeur, égoïste, qui prend et jette sans remords. Je méritais mon sort, je le savais parfaitement et j'aprenais à assumer mes erreurs de comportement et de jugement. Bref, comme je le disais, on a mis nos divergences à plat et on a réussi à s'en sortir sans trop de casse. Et étrangement, les choses sont redevenues comme avant.
Exception faite qu'on apprend à se parler davantage en face et un peu moins par ordinateurs interposés, ce qui rend notre relation plus réelle et moins fantasmagorique. Un bon point, je suppose, vu que pour le moment, on s'en sort pas trop mal.
Mais comme je dis souvent, je reste une fille. Surtout, je reste une " meilleure amie ". Alors je me dois de respecter certaines règles.
Avec les filles, par exemple. L'autre soir, je le retrouve par hasard dans un pub que je fréquente beaucoup et lui très peu. Il est avec un de ses amis. S. était aussi un bon ami à moi, à une certaine époque (oui, quand je sortais avec le P., vous avez compris !). C.h. continue à le fréquenter, ce qui n'est plus vraiment mon cas, malgré le fait que je l'apprécie beaucoup. Bref, ils étaient tous les deux et ont rencontré un groupe de gens, dont deux filles. Au cours de la soirée, je décide donc d'aller passer un peu de temps avec eux, quand là, je remarque le regard de C.h., posé sur la brunette en face de lui. J'ai tout de suite compris ses intentions. Elle lui plaisait. Et j'ai eu envie de m'amuser un peu.
Quand elle lui a demandé : " Et toi, tu fais quoi dans la vie ? ", il a répondu " Oh bah moi, j'ai fais STG, et après j'ai fais L ". L'occasion était trop belle. Tout sourire, moi en train de lui écraser les genoux, j'ai répliqué : " Enfin, ce qu'il veut dire, c'est qu'il a fait deux 2nde avant de quitter le lycée. " Sbaf. La nénette a rigolé et lui aussi. Mais jaune. Je lisais dans son regard à quel point j'étais une garce. Sans compter tout le long de la soirée où, en parfaite petite teigne qui se respecte, je n'ai fait que le vanner et lui lancer quelques piques bien senties : " Non mais, vous vous rendez compte ? Je suis sa meilleure amie et il n'a même pas une après-midi à me consacrer ! C'est toujours ça dès qu'il y a une fille dans les parages. ". Tout en lançant un regard complice à la brunette qu'il convoitait.
Je crois que ce jour-là, s'il avait pu, il m'aurait fusillé sur place. Et pour s'assurer de mon trépas, il n'aurait pas hésité à m'achever à coups de baïonnette. Mais il m'aime tant qu'il s'est abstenu de tout acte répréhensible. Et puis, surtout, il a réussi à se faire sa nénette, qu'il a carrément failli empaler contre un mur quelques heures plus tard. Alors je crois qu'il peut me remercier.
Il y a bien sûr d'autres principes qu'un ou une meilleur(e) ami(e) se doit de suivre. Mais attention, tout en restant dans le respect très strict de l'intimité, de la pudeur et des idéaux de son " Best ".
1 : Aucune fille (ou aucun mec) ne trouvera jamais grâce à tes yeux. Il ou elle ne sera jamais assez bien pour ton Best. Tu trouveras toujours LE petit défaut qui fera que untel ou une telle ne lui conviendra pas (un gros nez, un grain de beauté mal placé, un rire de goret, un Q.I. d'huître, une silhouette trapue ... alors que pour tout le reste, il/elle est for-mi-da-ble).
2 : Tu te dois de tester le potentiel humain de son soupirant ou de sa promise. A savoir :
- Si il/elle a de l'humour (Bah oui, tu ne voudrais pas que ta Moitié d'Ame se fasse chier avec une personne qui a autant de conversation qu'une carpe. Ou qui prenne la mouche à la moindre petite vanne).
- Si il/elle aime les enfants (Personnellement, je n'en veux pas. Je n'ai pas particulièrement d'affection pour les morveux et peut-être que vous non plus. Mais lui/elle, peut-être que si.)
- Si il/elle croit au mariage (Idem que pour les mômes.)
- Si ses parents sont divorcés (le complexe d'œdipe, c'est le tue l'amour garanti).
- Combien de copains/copines elle a eu (La pérpatitétipute du coin peut aller se rhabiller. Si mon Best voulait examiner de plus près les trains, il irait visiter une gare, pas son trou.).
- Combien de temps ont duré ses précédentes relations (Bien que je sois assez mal placée pour juger, je pense qu'une nana/un type qui n'arrive pas à rester plus de deux semaines avec la même personne doit certainement avoir un petit problème quelque part. Je ne risquerais donc pas le coeur, les fesses ou l'intégrité de mon Best à cause d'une petite crétine coincée au stade " flirts sans AUCUN lendemains ").
- De quel façon il/elle a rompu (La manière "post-it" est à exclure immédiatement si il/elle tient à rentrer dans tes bonnes grâces).
- Ou s'est fait(e) larguer (Le/la chouineur/euse qui veut trouver le mec/la fille " intermédiaire " pour oublier son ex doit se faire oublier. Exit également le/la gros/sse bouseux/se qui veut se venger du dernier connard ou de la dernière salope qui a croisé sa route.).
3 : Voir exemple au-dessus. Un peu comme un frère ou une soeur, il faut savoir mettre mal à l'aise votre Best. Oui, parce que, je vous explique la psychologie humaine : en le mettant dans une situation embarrassante, vous contribuez à augmenter sa capacité d'autodérision, ce que nos comparses bipèdes aiment plus que tout. Se moquer de soi-même, se montrer gêné sans trop l'être, sont des qualités que l'autre apprécie tout particulièrement. Car vous acceptez vos imperfections. Pire, vous les revendiquez presque. Ce qui fait que vous donnez l'impression de pouvoir apprécier celles des autres sans trop de difficultés. Un grand atout dans un monde où le paraître et le diktat de l'idéal freine le développement de nos personnalités et l'acceptation de nos différences .
4 : Savoir se montrer propriétaire. Soit, défendre gentiment son territoire. Une main posée sur son épaule, un doigt effleurant son menton, un petit sourire mutin à l'adresse de votre Best et l'affaire et dans le sac. L'Homme est un chasseur de nature. Il aime ce qu'il ne peut avoir. Et quand il voit que quelqu'un a déjà le pied ancré dans un territoire, il a envie de vous en évincer pour prendre votre place. Reste à espérer que le soupirant/la courtisane de votre Meilleur(e) ami(e) ne se voit pas effrayer par votre attitude et ne se méprenne sur la relation que vous entretenez, votre Best et vous. Vous foireriez son coup et Monsieur/Mademoiselle risque de ne pas trop apprécier (ingérence dans l'intimité de votre Moitié). Ou alors, dans un autre contexte, le soupirant/la courtisane risque de n'y voir là qu'un défit à relever et pourrait se révéler déçu une fois l'objet de ses convoitises en poche, et donc le lourder sans autre forme de procès. A donc user avec modération si vous ne tenez pas, entre autre, à reproduire la guerre de Troie.
5 : Vous faites indéniablement partie de la vie de votre Best. Et son/sa futur(e) amoureux/se doit l'accepter, quoi qu'il en coûte. Vous êtes chiant(e), envahissant(e) et vous avez un avis sur tout, mais c'est comme ça. Les hommes mariés ont bien la réputation de détester leurs belles-mères : pourtant, ils n'ont d'autre choix que d'accepter leur présence aux réunions de famille et de sourire le jour de Noël lorsqu'ils déballent l'infâme pull tricoté à la main annuel. Chouchou/Choupette devra faire avec s'il veut garder votre Moitié près de lui. Ou si votre Moitié tient à votre amitié.
Bien sûr, il y a d'autres concepts comme l'écoute, la présence et tout ces autres trucs mielleux. Sans compter que les cinq principes énoncés si-dessus s'appliquent surtout pour deux Best du sexe opposé. Je me vois mal insinuer le doute chez un mec en caressant la cuisse de ma meilleure amie. Et puis, toutes les relations " meilleures amies " ne sont pas forcément aussi fusionnelles. Je me dois, en extrême blogueuse digne de ce nom, d'exagérer mes propos.
Mais tout de même, remanié un peu, je suis sûre que vous pouvez quand même en faire quelque chose.
J'espère donc avoir réussi à vous démontrer que le concept de " meilleur ami " n'a pas d'âge. Ce sont ces personnes avec qui vous entretenez une relation si particulière, inébranlable, que même le temps et les erreurs n'arrivent pas à saccager.
Egalement ceux qui répondront toujours présents et vous accepteront tels que vous êtes, quoi qu'il arrive. Car vous êtes vous.
Oh et puis, s'il vous plaît, chers lecteurs : veuillez applaudir mon cher Best, C.h., qui supporte mes humeurs et mes petits travers depuis bientôt quatre ans. Il le mérite sincèrement.

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